Barbarisme

Mercredi 10 janvier 2007 3 10 /01 /Jan /2007 20:54

C'est un combat d'arrière-garde que de censurer la langue : il faut libérer les mots (1)

Il est reproché à Ségolène Royal d'avoir utilisé, lors de son récent voyage en Chine, un barbarisme : la bravitude. Il y a même des roués journalistes qui laissent planer l'idée qu'il s'agirait d'une faute de français de la possible future Présidente des Français (du moins, si personne ne savonne la planche). Regardez-moi ces censeurs à la con, ces défenseurs de la liberté qui dénient à une candidate le droit d'inventer un mot. Certains qui trouvaient joli et couillu le "abracadabrantesque" de l'homo chiracus, ou top moderne la "gouvernance" raffarinardeuse et peu couillue, se gaussent, font des gorges chaudes et se font gardes-chiourmes d'une langue qu'ils ne maîtrisent pas toujours eux-mêmes, les branques !.

En fait, on s'en contrepète un peu de ces petits combats de petits esprits mesquins incapables de faire un mot-valise mais tout à fait capables de porter les valises de ceux dont ils attendent quelques miettes, au besoin en leur léchant les bottes ou en sarkozonant dans leurs allées pleines de parquets rayés.

C'est un combat d'arrière-garde que de censurer une langue, surtout lorsqu'elle est agile et propice à procurer du plaisir. Il faut libérer les mots !

Moi, perso, j'adore inventer des mots, les adapter, les tripatouiller, les enfiler. J'adore par exemple entendre un  néo-rural coolos parler de sa bérouette tout embernée. Certes, ce n'est pas trop up-to-date ni très bobo but c'est joli. Sans compter que ça obéit  à une volonté de simplifier l'oralisation de la langue (ce genre de mécanisme sophistiqué a été décrit par des (plus) balèzes (que moi) dans des livres qui ne se sont pas forcément bien vendus). Brouette donne bérouette, plus facile à prononcer, "bern" remplace "bren" qui signifiait "merde" en vieux français.  Ce qui fait la différence entre la faute de français et l'usage poétique du langage, c'est  dans le fond que la première est le plus souvent involontaire alors que le second ressort d'une volonté consciente.  Quand je parle d'usage poétique, je me réfère à la fonction poétique du langage, sans idée de jugement subjectif sur une quelconque  valeur poétique.

Alors laissons la langue se délier, se faire gourmande, aller de l'avant, sans contraintes. Que des normalisateurs fassent des propositions, rien que de très normal, seul l'usage consacre la langue.

2 exemples de préconisations des normalisateurs : ils ont suggéré d'utilser "le syntoniseur" au lieu de "le tuner" (radio) et "la dominique" au lieu du "week-end" (dimanche, dominical). Résultat : que dalle ! Pourtant c'est quand même sympa de se faire une petite dominique au bord de la mer, non ?

(1) Elisabeth G., qui se reconnaîtra évidemment, me cite à chacune de nos rencontres cet aphorisme que j'aurais prononcé d'un air extrêmement pénétré un soir où il devait sans doute faire très chaud. Ceci dit, je maintiens. Je me cite approximativement car je suis incapable de me cloquer ma propre phrase dans le ciboulot.

Par Jacques Michaud - Publié dans : Barbarisme - Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

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Le pitch 

 

C'est un mot franglais à la mode chez les chroniqueurs, gens à la mode qui doivent en peu de mots raconter un livre, un film, une pièce, à la mode mais jamais un poème car ce n'est jamais à la mode un poème (1). Parfois l'exercice est difficile puisqu'il faut parler d'une oeuvre sans rien en dire pour ne pas la déflorer. Il arrive bien souvent que ces chroniqueurs parlent d'une oeuvre qu'ils ne connaissent pas, n'ont pas vue ou lue. Stéphane Bern, par exemple, l'avoue parfois. J'ai cependant une affection particulière pour Laurent Ruquier qui lit généralement tous les livres dont il parle (ou alors c'est un sacré entubeur...). Et qui ne parle que de ce qu'il aime le plus souvent.

 Un pitch, c'est donc le racontage en quelques mots de l'essentiel d'une oeuvre (il faut dire que ça s'applique plutôt à des fictions mais pas du tout à la philosophie ou à la science, dont tout le monde se contrefout dans ces milieux chroniquistes). Bref, c'est un résumé, mais résumé ça fait con. Alors, je trouve un mot super qui pendant qu'il est pas con fait moins con. Vous me suit ?

Lorsque j'enseignâmes, je disa à mes élèves que le titre d'une oeuvre était déjà un résumé, en quelque short.

En cinéma, pour moi, le pitch serait le synopsis (résumé d'un film en 30 à 40 mots). Le synopsis est le résultat d'une grande maîtrise pitchique. Des milliers de films n'ont pas été tournés parce que l'auteur n'était pas capable de rédiger un synopsis. Et parmi eux, quelques chefs-d'oeuvre n'ont jamais vu le jour.  Malheureusement, mais je m'en fous quand même, le synopsis désigne, dans la langue populaire, tout et n'importe quoi mais rarement le synopsis. Ce sont les affres à vivre pour ceux qui connaissent la langue, l'aiment, et pardonnent à ceux qui la connaissent mal de l'abîmer un peu. Sachant que ceux qui l'abîment la créent eux aussi.

Vous avez vu ? Je retombe toujours sur mes deux pieds.

C'est un métier le funambulisme. C'est un métier surtout celui de Suez.

Ach !

 

 

No problemo 

 

Expression amusante (pour dire "pas de problème") puisqu'elle tend à imiter une pseudo expression espagnole. L'ennui, c'est qu'en espagnol, la traduction de "un problème", c'est "un problema".

Depuis une dizaine d'années, l'expression "pas de souci" tend à supplanter le "pas de problème". Aujourd'hui, l'expression se renouvelle dans une prononciation particulière : no souçaille !

J'ai quant à moi une tendresse particulière pour le "panipwoblem" des Antillais....

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