Linguapop, pour aimer une langue populaire qui s'invente chaque jour
La métaphore populaire est parfois approximative : entendue... bien ou mal comprendue, digérée, mal ou bien, car avalée avec les
noyaux, elle est réinjectée dans le langage en subissant parfois quelques déformations de plus ou moins bon aloi. C'est ainsi que notre propre langue s'est formée à partir de déformations
populaires ou savantes ou pseudo-savantes et pourquoi pas pseudo-populaires du latin de cuisine.
J'ai récemment entendu, au cours d'un dîner qui n'était pas mondain, vous l'imaginez, l'expression "dur comme chicotin", sans doute issue du parler régional ligérien entre Beauce
et Sologne à mi-chemin de Blois et Orléans, encore qu'elle se fût quelque peu et momentanément exportée dans les Alpes enneigées, le temps d'un réveillon. Bref, le truc qu'on bouffait était
dur...dur semble-t-il, comme chicotin. Or comme je ne suis pas né de la dernière pluie, n'étant pas bien sûr un perdreau de l'année, je me fus
allant convoquer mon meilleur dictionnaire. Mon ami Bob m'alla disant que le chicotin existait et qu'il était un suc amer extrait de l'aloès. L'expression idoine eût dû s'appliquer non
dans un contexte de dureté mais dans celui de l'amertume : amer comme chicotin. Or, amer je le suis. J'ai récemment pu constater combien la nature humaine pour riche qu'elle soit
d'un côté est pauvre de l'autre.
En tout cas, miracle, j'ai compris que ce que je bouffais était dur, dur comme chicotin, ce qui veut dire, je le sais, particulièrement dur !